Après une naissance, tout change : le rythme de vie, le corps, les priorités… et souvent aussi la relation à l’intimité. Pourtant, la sexualité post-partum reste encore largement entourée de silence. Une récente étude menée par INTIMINA auprès de plus de 3 000 jeunes mères en France, au Royaume-Uni et en Espagne met en lumière une réalité bien plus complexe qu’on ne l’imagine.
Premier constat : le retour à une sexualité “comme avant” ne va pas de soi. Plus de 44 % des femmes interrogées disent ressentir de la culpabilité de ne pas avoir envie de faire l’amour après l’accouchement. En France, près d’une femme sur deux admet même se sentir coupable vis-à-vis de son partenaire.
La fatigue apparaît comme le principal frein au retour de l’intimité pour 34,3 % des répondantes. D’autres évoquent des douleurs, la sécheresse vaginale ou encore la peur de rapports différents après l’accouchement. Pour beaucoup, le délai médical traditionnel de six à huit semaines avant la reprise des rapports crée également une pression supplémentaire : 17,4 % des femmes interrogées disent mal vivre cette échéance.

Mais l’étude révèle aussi une réalité plus nuancée. Certaines jeunes mères développent un nouveau rapport à leur corps après la grossesse. Plus de 42 % déclarent ressentir davantage de respect et d’admiration pour leur corps, tandis que 31,3 % affirment même avoir de meilleurs orgasmes depuis la naissance de leur enfant.
Au-delà des aspects physiques, la période post-partum bouleverse également l’identité des femmes. Près d’une femme sur quatre explique avoir du mal à se percevoir autrement qu’en tant que mère, reléguant sa vie intime au second plan. Dans ce contexte, la communication au sein du couple devient essentielle, même si elle reste parfois difficile : environ 21 % des femmes reconnaissent avoir déjà fait semblant afin de ne pas décevoir leur partenaire.
Pour Laure Senemaud Carriquiry, il est urgent de libérer la parole autour du sujet. La spécialiste rappelle que la sexualité après un accouchement dépend de nombreux facteurs physiques, hormonaux, émotionnels et environnementaux, et qu’aucune norme ne devrait s’imposer aux femmes ou aux couples.
L’étude souligne enfin un manque d’accompagnement. En France, 42 % des répondantes auraient aimé qu’un professionnel de santé aborde plus tôt la question de la santé sexuelle post-partum. Beaucoup estiment également qu’un meilleur accès à la rééducation du périnée ou à des produits dédiés au bien-être intime pourrait les aider à retrouver plus sereinement une vie sexuelle épanouie.

Longtemps considéré comme secondaire, le sujet de l’intimité après l’accouchement apparaît aujourd’hui comme un véritable enjeu de santé et de bien-être pour les jeunes mères.